samedi, 03 octobre 2020 11:12

Cinéma : Antoinette dans les Cévennes

Samedi 3 octobre à 18h00 à N-D des Salles, projection du film "Antoinette dans les Cévennes"

Date de sortie : 16/09/2020

Réalisatrice : Caroline Vignal

Acteurs : Laure Calamy, Benjamin Lavernhe, Olivia Côte, Denis Mpunga, Marc Fraize

Genre : Comédie, Romance

Durée : 1h35

Langue : VF

Synopsis : Des mois qu’Antoinette attend l’été et la promesse d’une semaine avec son amant. Alors quand celui-ci annule leurs vacances pour partir dans les Cévennes avec sa femme et sa fille, Antoinette ne réfléchit pas longtemps : elle part sur ses traces !

Plus d'infos sur Antoinette dans les Cévennes

Naissance du projet
Le précédent long métrage de Caroline VignalLes Autres filles, est sorti en 2000. Vingt ans ont donc passé entre ce film et Antoinette dans les Cévennes. La réalisatrice explique que ce nouveau projet est parti de son désir de filmer les Cévennes, où, en 2010, elle avait passé une semaine à marcher en famille. Elle se souvient :

"Enorme coup de cœur pour ces paysages, pour cette région sauvage, très peu peuplée, et pour les personnes - des néo-ruraux pour la plupart - que nous y avions rencontrés. De cette brève randonnée (ma fille, qui avait alors six ans, était du voyage) avec un âne, je garde un souvenir idyllique. Je suis originaire du Midi ; petite, j’ai passé toutes mes vacances dans l’Hérault et le Gard. Je crois que j’ai retrouvé dans les Cévennes quelque chose du midi de mon enfance. On est retournés marcher l’année suivante. Cette fois-ci, l’âne qui nous accompagnait s’appelait Patrick. Ce détail cocasse, qui me faisait beaucoup rire, a semé l’idée d’une comédie qui aurait un âne pour personnage principal."
Laure Calamy
Dans le rôle de l’héroïne, Laure Calamy était le premier choix de Caroline Vignal. La réalisatrice l'adorait dans la série Dix pour centUn monde sans femmes et Ava"Elle est incroyablement drôle - et émouvante ! Et puis elle a un truc vraiment populaire, pas si répandu chez les acteurs français, qui me touche. Il y a eu une rencontre forte entre le projet et elle pour des raisons qui lui sont personnelles. Elle s’y est complètement reconnue. J’étais très heureuse de lui offrir son premier rôle."
Le personnage de l'âne
Le plus grand défi pour Laure Calamy était de jouer face à un âne et que le spectateur considère l’animal comme un personnage. "Il fallait qu’on y croit, qu’on croit qu’il écoute Antoinette, qu’il la juge parfois, qu’il la comprend, qu’il la soutient... Il fallait qu’on ait envie de le regarder presque autant que les humains du film. Laure adore les ânes. Elle était ravie d’en avoir un comme partenaire à l’écran ! Pour le reste, tout était entre les mains de la dresseuse, Emilie Michelon, avec laquelle nous avons travaillé. C’était son premier tournage, elle vient du spectacle vivant, s’est formée chez Bartabas. Pour jouer Patrick, nous avions deux ânes, l’un très vif, très technique, qui faisait toutes les cascades ; l’autre beaucoup plus lent, plus expressif, très Actor’s Studio, qui avait en charge les scènes d’émotion. Pour qu’on les confonde, on en a mis un au régime maigre, l’autre au régime gras, et ils sont passés chez le coloriste ! Je vous mets au défi de les distinguer, même la monteuse, après des mois le nez sur les rushes, n’y parvenait pas", se rappelle Caroline Vignal.
Difficulté de tournage
Les angoisses que Caroline Vignal a eues pendant le tournage étaient surtout liées à la météo, comme l'équipe de tournage était presque tout le temps dehors. La cinéaste se rappelle : "Les scènes avec l’âne se sont déroulées sans réels problèmes - il nous a même fait des cadeaux inattendus, se mettant à braire alors que le scénario ne l’avait pas prévu par exemple ! Certes, pour les comédiens, ce n’était pas toujours simple de jouer tout en drivant l’âne, qui devait avancer ni trop vite ni trop lentement, s’arrêter à tel ou tel moment, le tout avec un steady-camer, une perche et toute une équipe sous le nez. Laure était très à l’aise, c’était parfois plus difficile pour les acteurs qui étaient de passage sur le tournage. Mais j’ai obtenu tout ce que j’avais imaginé."
Récits initiatiques
Au-delà des récits initiatiques (dont Le Rayon vert d'Eric Rohmer, qui est son film culte), Caroline Vignal s'est surtout inspirée des schémas de buddy movies ou des comédies romantiques pour écrire Antoinette dans les Cévennes"Ce n’est pas mon genre préféré, mais ça m’a beaucoup amusé d’écrire une comédie romantique entre une fille et un âne."
Acteurs professionnels
Sur le premier long métrage de Caroline VignalLes Autres filles, il y avait très peu d’acteurs professionnels puisque tous les rôles principaux étaient interprétés par des adolescentes jouant pour la première fois. "Non seulement je n’avais pas tourné depuis vingt ans, mais c’était quasiment la première fois que je travaillais avec des comédiens professionnels !", précise la cinéaste.
Un cadre géographique particulier
Les Cévennes constituent un personnage du film à part entière du film. Cette région offre des grands espaces, souvent non cultivés, comme on en voit peu en France. "On a cette sensation qu’on peut marcher des heures sans croiser personne. On voit loin. Ces cieux, ces paysages donnent une impression d’immensité. On pense bien sûr aux westerns, aux grands films d’aventure ; peu de régions en France offrent cela... Cette beauté aride, sauvage, nous lave les yeux, et elle guéritAntoinette : en la traversant, elle apprend qu’elle peut compter sur elle-même, et se libère de tout ce dont elle croyait dépendre...", confie Caroline Vignal.
 
Filmer la marche
Parmi les défis de mise en scène propres au projet, il y avait le fait de filmer quelqu'un qui marche, sans ennuyer le spectateur. Caroline Vignal voulait que l'on ressente le rythme de la marche sans en boycotter la lenteur par peur d’ennuyer. Elle précise :

"J’ai beaucoup travaillé en amont sur le découpage avec le chef-opérateur du film, Simon Beaufils. Le cinéma que j’aime n’est pas un cinéma à effets - c’est un cinéma humble, qui tente d’accompagner au mieux le récit. Je voulais nous offrir la possibilité que le film nous emmène avec Antoinette dans le paysage, dans sa beauté, sans sombrer dans l’écueil de la carte postale - pas question de drones, par exemple... Nous avons opté pour un maximum de plans fixes et de panoramiques. Lorsque les personnages parlent en marchant, j’avais envie de plans séquences ; les travellings-arrières au steady-cam étaient un petit défi à la fois pour la technique et pour le jeu. Simon a poussé pour tourner en scope (ma tendance naturelle, Rohmer un jour, Rohmer toujours, allait davantage vers le 1/66) pour donner plus d’ampleur et de lyrisme à l’histoire d’Antoinette et de Patrick : je lui en sais gré."
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samedi, 03 octobre 2020 16:00

Cinéma : Énorme

Samedi 3 octobre, à 16h00 à N-D des Salles, projection du film "Énorme"

Date de sortie : 02/09/2020

Réalisatrice : Sophie Letourneur

Acteurs : Marina Foïs, Jonathan Cohen, Jacqueline Kakou, Ayala Cousteau, Victor Uzzan

Genre : Comédie

Durée : 1h41

Langue : VF

Synopsis: Ça lui prend d’un coup à 40 ans : Frédéric veut un bébé, Claire elle n’en a jamais voulu et ils étaient bien d’accord là-dessus. Il commet l’impardonnable et lui fait un enfant dans le dos. Claire se transforme en baleine et Frédéric devient gnangnan.

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Genèse du projet
Sophie Letourneur mêle dans tous ses films une certaine fantaisie, une légèreté avec un réalisme assez brut, quasi documentaire. Cette chimie disruptive produit un ton unique dans lequel le rire et l’émotion cohabitent. "Pendant le neuvième mois de ma seconde grossesse, je prenais des notes, c’était tellement dingue, ces rebondissements, cette attente, ces situations tragicomiques tellement énormes, que j’ai voulu en faire un film… Au départ, le projet ne portait que sur ce neuvième mois de gestation, si particulier dans la vie d’une femme… et d’un homme. Finalement j’ai quand même construit un récit. Je dois ajouter aussi que mon mari m’inspirait beaucoup. Je me souviens d’une scène précise : j’avais dépassé le terme de ma grossesse - nous marchions dans la rue pour favoriser les contractions, et j’ai cru perdre le « bouchon muqueux ». En pleine rue, il a mis la main dans ma culotte pour vérifier. Je l’ai noté, trouvant cela à la fois drôle et en même temps vexant. J’avais aussi retranscrit des dialogues qui se retrouvent dans le film."
C'est qui Sophie Letourneur ?
Après des études à l’école supérieure des arts appliqués Duperré puis à l’école nationale supérieure des Arts Décoratifs - où elle signe trois films -, Sophie Letourneur réalise des vidéos expérimentales, installations, et documentaires. En 2011, elle réalise un court-métrage, Le Marin masqué, qu’elle présente au Festival de Locarno ; elle en profi te pour tourner Les Coquillettes. Ecce Films produit ensuite deux de ses long-métrages : La vie au ranch, pour lequel elle reçoit le double Prix du Public et Prix du Film Français au Festival « EntreVues » de Belfort, et Gaby Baby Doll, mettant en scène Lolita Chammah et Benjamin BiolayEnorme est son quatrième long-métrage.
Appréhender la grossesse
Dans Enorme, les deux personnages s’autorisent un comportement qui n’est représentatif de rien, selon la réalisatrice Sophie Letourneur. Cela ne correspond pas à quelque chose de connu. La grossesse passe par un parcours obligé, tout le monde doit faire les mêmes choses. "Ce qui m’intéresse, c’est la façon d’appréhender ce chemin, cela n’a aucune vertu à généraliser. L’incongru me fait rire. En fait, je ne m’interdis rien et ce n’est pas une question de dosage. Pour parler de cet état-là, je suis partie d’éléments et pas d’une cohérence. L’enjeu était de faire une comédie parce que c’est mon langage certes, mais que ce soit aussi un peu horrifiant parce que les situations que j’écris peuvent être à la fois drôles, burlesques… et horribles !"
Authenticité
Dans Enorme, on remarque une grande sincérité des dialogues qui sonnent de façon très naturelle. Pendant l’écriture, Sophie Letourneur a organisé avec son assistante Romy Engels, des séances d’improvisation avec des amis ou des personnes que rencontrées lors de ses recherches (sages-femmes, pianistes, hypnotiseur, agents, femmes enceintes, futurs papas...). Ils ont joué entre eux les situations précises des séquences du scénario de base qu'elle avait écrit avec Matthias Gavarry"Ils partaient donc de situations structurées et de dialogues indicatifs. Le principe est d’enregistrer au son toutes ces improvisations, les mélanger, les monter, puis de les retranscrire pour qu’elles deviennent les dialogues définitifs. J’ai utilisé une somme de voix pour les deux personnages principaux interprétés par deux acteurs principaux (Marina Foïs et Jonathan Cohen), alors que les autres acteurs ont joué leur propre rôle, avec leurs propres mots. Par exemple, pour le chamane, que j’ai mis beaucoup de temps à trouver, j’ai enregistré la première rencontre avec lui de façon à ce qu’à l’écriture, je reprenne le détail de ses mots. Je pioche ainsi beaucoup de matériaux de mes films dans le réel. C’est très ludique."
Dispositif docu-fiction ?
Pour les scènes à l’hôpital, dans une logique de champs-contrechamps, Sophie Letourneur a filmé les plans documentaires et les séquences d’improvisation en cadrant uniquement le personnel. "Dans le film, toutes les séquences avec le personnel hospitalier ont été captées lors de nos séquences d’improvisations. Le défi pour ce film s’est joué autour du point de montage entre ces plans documentaires et les plans fictionnels, dans une continuité́ artificielle. D’un point de vue technique, pour certaines séquences, les plans documentaires (par exemple le concert, les consultations médicales, l’accouchement), ont donc déterminé la prise de vue fictionnelle qui a « joué le contre-champs ». Ce parti-pris formel m’a permis de confronter l’ultraréalisme des situations au comique burlesque de l’histoire."
La méthode Letourneur
Avant de commencer le tournage avec les comédiens, Sophie Letourneur et son équipe ont tourné pendant un mois à l’hôpital. Ils filmaient uniquement le personnel, sur un mode documentaire. "Ils m’ont fait confiance et ont accepté que je les filme dans leur travail. Il y avait deux types de dispositifs : des personnes passaient réellement un examen médical, et d’autres, que je connaissais, qui improvisaient à partir des séquences que nous avions écrites préalablement. Les sages-femmes improvisaient en fonction de la discussion. Un autre type de dispositif consistait à suivre une sage-femme (qui m’avait donné son accord pour être filmée), au cours, par exemple, d’un examen de suspicion de perte des eaux. Je demande à la femme enceinte si je peux filmer la discussion qu’elle a avec l’infirmière, lui assurant que je ne filme que le personnel. Une fois que j’ai toute cette matière, je choisis les plans que je souhaite garder, puis je réfléchis aux contrechamps, à la manière de filmer les acteurs. J’ai aussi filmé une quinzaine d’accouchements pendant ce mois à l’hôpital."
Format carré
Si Sophie Letourneur a choisi le format carré pour son film, c’est lié à la fois à l’idée du portrait et aussi du champ / contrechamp - chacun confiné dans son bocal. "C’est aussi un film un peu claustrophobe. Durant le neuvième mois de grossesse, on est un peu coincée dans un calendrier, dans un corps, dans un empêchement aussi. Le format raconte finalement cet enfermement, cette drôle de boîte, celle du couple, celle du ventre, celle de notre condition physiologique d’homme ou de femme. Il fallait formellement aller au bout d’une certaine radicalité, la seule scène d’extérieur est celle où elle part seule chez sa prof de piano, elle quitte l’espace du couple."
Un ventre Enorme
Dans le film, si le ventre de Claire devient si énorme, c'est dans le but parler de la transformation des corps, sans que ce soit un acte volontaire ; la grossesse chez la femme, la couvade chez l’homme, explique Sophie Letourneur"C’est une façon de parler d’une émotion profonde en jouant avec des éléments de comédie. Les frères Farrelly sont des cinéastes que j’aime beaucoup, et la question du corps est centrale dans leurs films. C’est touchant et drôle. Quand le ventre de Claire devient énorme, c’est une manière de parler davantage du ressenti plus que du réel. Le ventre qui gonfle d’un coup est inspiré des phénomènes liés au déni de grossesse, lorsque le bébé prend sa place. Porter un enfant, qui se construit et grandit en nous, on peut voir cela comme de la science-fiction. En termes de mise en scène, il était important que le personnage qu’interprète Marina Foïs prenne corps, littéralement. Au début du film, elle n’occupe pas l’espace dans le cadre, et petit à petit, elle va prendre sa place."
 
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samedi, 26 septembre 2020 21:00

Cinéma : Poissonsexe

Samedi 26 septembre à 21h00 à N-D des Salles, projection du film "Poissonsexe"

Date de sortie : 02/09/2020

Réalisateurs : Olivier Babinet

Acteurs : Gustave Kervern, India Hair, Ellen Dorrit Petersen, Sofian Khammes, Jean-Benoît Ugeux

Genre : Comédie

Durée : 1h29

Langue : VF

Synopsis: Alors que Miranda, la dernière baleine au monde, fait la une des journaux, Daniel, physicien obstiné, tente de redonner aux poissons l’envie de copuler. Célibataire désabusé, il est lui-même hanté par le désir d’être père et compte bien traiter ce problème scientifiquement.

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Naissance du projet
Olivier Babinet a commencé à travailler sur Poissonsexe en 2013, avant le documentaire Swagger. Le réalisateur avait envie d’écrire une comédie romantique. En faisant la liste des films récents qu'il avait préférés, il a constaté qu'il s'agissait de comédies romantiques un peu décalées comme Punch drunk love,ou Moi, toi et tous les autres. Il confie : "Ou même une comédie romantique dramatique comme Ghost World de Terry Zwigoff. Un beau matin de printemps, j’ai donc décidé de faire confiance à mon désir secret : écrire une histoire d’amour."
La recherche autour des poissons...
L'idée de la recherche scientifique autour des poissons est venue à Olivier Babinet par rapport à Le Bidule, une série qu'il a coécrite et réalisée pour Canal+. Il s'agit d'un programme d’anticipation qui parlait de choses graves et réalistes avec un ton loufoque. Le metteur en scène précise :

"Quand j’ai commencé à écrire Poissonsexe, je voulais moi-même avoir un troisième enfant. Comment concilier ce désir avec l’état du monde, les nouvelles effrayantes de la planète qui nous bombardent sans cesse ? Je n’avais plus 25 ans, les gens autour de moi avaient du mal à avoir des enfants, ils étaient un peu trop vieux, faisaient des fécondations in vitro, ils galéraient."

"Je me renseigne sur la qualité du sperme, je découvre qu’il a baissé de 40% en dix ans à Paris, puis de fil en aiguille je m’intéresse aux rejets médicamenteux dans l’eau, à leurs effets sur les poissons. Je tombe sur une vidéo de poisson-robot. Je m’interroge : qui sont ces gens qui pilotent ces poissons ? Partir d’un métier pour construire un personnage m’intéressait."
L'aide d'un scientifique
Olivier Babinet a un ami physicien, Georges Debrégeas, qui est directeur de recherches au CNRS. Lorsque le cinéaste écrivait Poissonsexe, le scientifique s’est mis à travailler sur l’activité cérébrale des poissons-zèbres ! Les deux hommes ont donc pu échanger sur le côté scientifique du film. Olivier Babinet se rappelle : 

"Elle se produit quand ils dorment. Peut-être rêvent-ils, c’est la théorie de Georges... Je trouvais ces images cérébrales très belles, je voulais qu’elles soient dans le film. Georges et moi avons beaucoup échangé. Et le métier de Daniel, mon personnage principal, est devenu celui de Georges. Daniel étudie l’activité cérébrale des poissons-zèbres comme Georges. Mais Daniel tente de leur redonner du désir en analysant l’effet d’injections d’hormones sur leur cerveau. Alors que, pour Georges, ce n’est pas une option plausible que les poissons cessent de se reproduire."
Le personnage principal
Le personnage de Daniel, joué par Gustave Kervern, est à la base du film : il s'agit d'un type qui ne s’est jamais remis de s’être fait quitter par sa femme, laquelle a préféré avoir des enfants avec son chef de labo, un Américain charismatique chouchou des médias.

"Mais Daniel a toujours un puissant désir d’être père. Au point même de déjà décorer la chambre de cet enfant qu’il n’a pas encore ! Gustave Kervern ressemblait physiquement au personnage. J’avais une image de référence, qui d’ailleurs ressemblait aussi au patron de Georges : le réalisateur Peter Jackson, en veste polaire, avec une grande barbe, en train d’en baver sur un tournage,au sommet d’une montagne escarpée en Nouvelle-Zélande", explique Olivier Babinet.
Une utopie menacée
Bellerose, la ville pastel où cohabitent un labo scientifique et un centre de robotique, a été pensé par Olivier Babinet comme une métaphore du monde : les gens ont tout pour être heureux mais une catastrophe s'approche :

"Comme si la déprime de Daniel avait contaminé Bellerose et le monde entier. Avec mon décorateur, Pierre Pell, on avait dessiné la carte de Bellerose il y a des années déjà, avec les différents lieux du film. Cela nous permettait de représenter ce monde et de commencer à l’imaginer, avec ses habitants. Puis, au moment du tournage, j’ai délibérément mélangé deux régions, le Cotentin et les Landes, pour créer cet endroit familier qui n’existe pas, dans cette époque incertaine. Futur ou présent parallèle ?"
Sofian Khammes et Alexis Manenti
A noter la présence au casting de Sofian Khammes et Alexis Manenti, qui ont tous les deux été révélés par un film sur la délinquance. Le premier joue le personnage principal de Chouf et le second est l'un des trois policiers des Misérables.
Un chef opérateur attitré
Pour PoissonsexeOlivier Babinet a à nouveau fait équipe avec son directeur de la photographie attitré depuis Robert Mitchum est mort (2010) : Timo Salminen"Dans Poissonsexe, je lui ai demandé de faire quelque chose de très contemporain, en bannissant les ombres marquées, cette nostalgie pour les années cinquante ou soixante que j’aime tant dans son travail. Mais là, il s’agissait du futur. Mais bon, la réalité c’est que nous avons dû nous adapter aux conditions économiques du film qui nous ont interdit pas mal des mouvements de caméra ou de grue que nous voulions faire. Et le premier jour de tournage, notre voiture travelling, une Méhari loué à un retraité du village voisin, est tombée en panne. Ce sont là les aléas des films de science fiction français", se souvient le réalisateur.
Côté BO
Côté bande-originale, Olivier Babinet retrouve le compositeur de son précédent film SwaggerJean-Benoît Dunckel. Pour Poissonsexe, il était parti sur des choses très électroniques, très "science-fiction", mais il manquait, selon le cinéaste, des sons illustrant la nostalgie de Daniel et son regret de la Californie. Il raconte :

"Je lui ai fait écouter Nick Drake, que Jean-Benoît connaissait bien : le côté folk, nostalgique. Du coup, la guitare sèche et les cordes se sont posées sur les arrangements électroniques.Il y a aussi dans la B.O. du film, une chanson de Phil Carmen, On my way in L.A. Je voulais que Daniel écoute du rock californien FM un peu naze puisque il a vécu à San-Francisco et qu’il n’est pas un type très à la page. Mes disquaires d’Exodisc m’ont proposé des vinyls, dont ce titre qui finalement n’est pas si mal. C’est le passé de Daniel qui le hante et transforme Bellerose en un petit coin de Californie !"
 
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samedi, 26 septembre 2020 10:40

Cinéma : Petit Pays

Samedi 26 septembre, à 18h50 à N-D des Salles, projection du film "Petit Pays" 

Date de sortie : 28/08/2020

Réalisateur : Eric Barbier

Acteurs : Jean-Paul Rouve, Djibril Vancoppenolle, Dayla De Medina, Isabelle Kabano, Tao Monladja

Genre : Drame

Durée : 1h53

Langue : VF

Synopsis : Dans les années 1990, un petit garçon vit au Burundi avec son père, un entrepreneur français, sa mère rwandaise et sa petite soeur. Il passe son temps à faire les quatre cents coups avec ses copains de classe jusqu'à ce que la guerre civile éclate mettant une fin à l'innocence de son enfance.

Plus d'infos sur Petit Pays

Adaptation d'un roman
Petit pays est adapté du roman du même nom écrit par Gaël Faye, auteur-compositeur-interprète et rappeur. Publié en 2016, l'oeuvre, qui est inspirée du vécu de son auteur (qui a fuit son pays natal du Burundi pour la France à l'âge de 13 ans en raison de la guerre civile et du génocide des Tutsis au Rwanda) s'est écoulée à plus d'un million d'exemplaires. A noter que le précédent film d'Eric BarbierLa Promesse de l'aube, était lui aussi une adaptation d'un roman (écrit par Romain Gary). L'écrivain se rappelle de ce qui l'a intéressé dans le livre de Gaël Faye :

"Pour ma part, je n’ai pas hésité trop longtemps et ce qui m’a décidé à accepter le principe d’une adaptation, ce qui m’a motivé, c’était de constater que nous n’existions pas dans le cinéma mondial, dans l’imaginaire du public. Quand je dis « nous », je veux dire cette région du monde, mon pays d’origine. Le Burundi, le Rwanda, c’est une terre inconnue. Ne surnagent que des clichés : la violence et la guerre. On ne connaît pas les gens, on ne connaît pas l’intimité de ce qu’ils vivent et pensent. Il était important que cette histoire existe dans un film pour cette raison-là. Le cinéma est beaucoup plus puissant et plus populaire que la littérature dans cette optique : faire en sorte qu’un monde soit reconnu."
Expérience douloureuse
Si Gaël Faye a assisté à une partie du tournage, le romancier a vécu la première projection du film comme un moment violent. Il se souvient : "Ce fut d’autant plus dur que le film a fait remonter des souvenirs de ma propre vie. À la sortie de la première projection, je n’avais rien à dire à Éric parce que j’avais besoin de digérer…"
Non-professionnels
90 % des gens que l'on voit dans Petit pays n’avaient jamais joué de leur vie. "Quand on rencontre des Rwandais, on se rend compte que leur manière d’être est très particulière. Sans généraliser, il y a dans le pays, une manière de se parler, de se saluer, d’intervenir dans une conversation, qui est unique", raconte Eric Barbier.
Authenticité
La plupart des acteurs qui apparaissent dans Petit pays ont amené leur propre histoire dans le film. Par exemple, les hommes qui jouent les voyous des gangs de Bujumbura sont des jeunes que Eric Barbier et que sa directrice de casting Didacienne Nibagwire ont trouvé dans le camp de réfugiés burundais de Mahama. "Ce sont de jeunes Burundais qui ont eu maille à partir avec le gouvernement de leur pays avant de s’enfuir. Ces jeunes connaissaient la violence de la rue, la violence des manifestations et cette vérité qu’ils dégagent est perceptible dans le film", confie le metteur en scène.
Isabelle Kabano Yvonne
Isabelle Kabano incarne Yvonne, la mère de Gaby, une femme déchirée prenant une attitude désinvolte. La comédienne précise : "Yvonne fuit la réalité depuis toute jeune. Elle se marie à un muzungu comme on appelle les Blancs là-bas. Tout le monde autour d’elle pense qu’elle a gagné le gros lot et qu’elle est la femme la plus heureuse du monde. Elle fait la fête parce qu’elle veut jouer un rôle. Elle fait des enfants qu’elle n’assume pas parce qu’elle ne supporte plus leur père. Elle a un mari qui n’arrête pas de lui rappeler qu’elle a de la chance de vivre avec un muzungu. Elle est dans le déni par rapport à ce qui se passe dans son pays natal. Quand elle voit finalement la réalité en face, elle n’y arrive plus. Elle n’existe juste plus."
Un document précieux
L’histoire de Petit pays se passe il y a 25 ans : il s'agit donc d'un film d’époque ancré dans une réalité historique, mais Eric Barbier s'est heurté au fait qu’il y avait très peu d’archives ou d’informations sur le Burundi de cette période. Le cinéaste a en revanche visionné Gito, L'Ingrat réalisé par Léonce Ngabo, qui est un long métrage burundais tourné en 1992 et coproduit par la France. Il s'agit du seul film qui a été réalisé au Burundi à cette époque-là ! Il se rappelle :

"Ce film de fiction représentait pour moi un document précieux sur les années 1990. C’est un film que j’ai regardé sans cesse parce qu’on voit les voitures, on voit le centre-ville de Bujumbura, on voit les cafés, on voit les cabarets. Il me permettait d’attraper une atmosphère et des images. Il faut dire aussi qu’on était confronté à une autre difficulté : le contexte politique a fait qu’il nous était impossible de tourner au Burundi et que nous avons dû reconstituer les décors de Bujumbura au Rwanda. C’était d’autant plus difficile que le Rwanda est un pays qui a énormément changé en termes d’architecture et d’infrastructures."
Se mettre en retrait
Jean-Paul Rouve joue le père de Gaby, un personnage complexe et ambivalent d'expatrié français au Rwanda. Le comédien explique qu'il s'est mis, dans le film, en retrait, pour insister sur le fait que c'est vraiment le personnage de Gaby qui est au centre de l’histoire. Il explique :

"C’est lui que l’on suit. Mon rôle est secondaire mais il est très intéressant. Car qui sont ces gens-là, qui, comme mon personnage, vivent en Afrique ? Comment se placent-ils dans ce monde ? Ils se mêlent à leur environnement mais, en même temps, il y a un fond de colonialisme évident... Qu’est-ce que c’est ce mélange de respect et de condescendance ? La condescendance du Blanc en Afrique... D’ailleurs, je trouve que quand on est là-bas aujourd’hui, on peut ressentir ce parfum-là. Il existe toujours. Il y a une ambiguïté ou une ambivalence dans mon personnage qui est intéressante à jouer. Il fallait le construire avec ses contradictions ; dans son rapport à sa femme notamment. Il l’aime et il supporte en même temps mal ses insatisfactions. Quand elle dit qu’elle aimerait vivre à Paris, il a un peu de mépris vis-à-vis de ce désir. Il y a une petite voix chez lui qui lui dit qu’elle devrait déjà être contente d’être mariée avec un Blanc."
Plus brutal que le livre
Eric Barbier a réalisé le film de telle sorte que les spectateurs aient davantage conscience que tous les événements dramatiques qui se sont déroulés en 1993 et 1994 au Burundi sont très ramassés dans le temps. "Il se passe cinq mois entre le coup d’État au Burundi qui met le pays à feu et à sang et le début du génocide des Tutsis au Rwanda. La fiction condense la narration de ces drames dans un temps très court, qui donne l’impression que le film est plus brutal que le livre, bien que la majorité des scènes violentes soient extraites du roman : le coup d’État, la nuit de peur avec sa soeur, les coups de feu, la violence des gangs, le lynchage", explique Eric Barbier. Gaël Faye ajoute :

"La grande différence avec le livre est dans la concentration de l’action. Ce qui m’est d’ailleurs revenu, c’est l’état de tension dans lequel j’ai vécu. J’avais presque oublié cette tension et le film m’a rappelé une certaine réalité de la situation dans laquelle je me trouvais : tous les jours amenaient son lot d’angoisses avec le bruit de la guerre qui devient comme une musique de fond."
Les enfants
Djibril Vancoppenolle, qui joue Gaby, et Tao Monladja, qui incarne Gino, ont eux aussi découvert cette histoire en faisant le film et ils posaient beaucoup de questions à leur partenaire Isabelle Kabano. Cette dernière se rappelle : "Quand on était hors du tournage, je continuais à être la maman et je leur racontais ce qui s’était passé au Burundi et au Rwanda. Des fois, j’oubliais qu’ils n’étaient pas les miens pour de vrai". Jean-Paul Rouve poursuit au sujet des interprètes de Gaby et Ana (Delya De Medina) : 

"C’est compliqué les enfants au cinéma : c’est tout ou rien. Djibril est naturel, juste, et très mûr. Il comprend la technique du cinéma, il comprend les contraintes. Il sait ce que c’est de trouver une place, refaire une prise. Il est surdoué ce gamin. La petite Delya qui joue ma fille est incroyablement touchante. C’était plus délicat avec elle parce qu’elle est plus jeune. Elle pouvait prendre pour elle les émotions du personnage. Il y avait des scènes difficiles où elle devait pleurer, des scènes dans le noir où l’on entend les bruits de la guerre. Elle était impressionnée et émue, forcément. Il fallait faire attention."
 
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samedi, 26 septembre 2020 10:17

Cinéma : Rocks

Samedi 26 septembre, à 17h00 à N-D des Salles, projection du film "Rocks"

Date de sortie : 09/09/2020

Réalisatrice: Sarah Gavron

Acteurs : Bukky Bakray, Kosar Ali, D'angelou Osei Kissiedu, Shaneigha-Monik Greyson, Ruby Stokes

Genre : Drame

Durée : 1h33

Langue : VF

Synopsis: Rocks, 15 ans, vit à Londres avec sa mère et son petit frère. Quand du jour au lendemain leur mère disparait, une nouvelle vie s’organise avec l’aide de ses meilleures amies. Rocks va devoir tout mettre en oeuvre pour échapper aux services sociaux.

Plus d'infos sur Rocks

Naissance du projet
Sarah Gavron voulait faire un film collaboratif. Imaginée par Theresa Ikoko et Claire Wilson, le premier traitement du scénario de Rocks offrait un espace de liberté aux actrices pour échanger et improviser. Avec Faye Ward, la productrice, la réalisatrice se disait parallèlement qu’il n’y avait pas beaucoup de films sur des jeunes femmes. "Nous avions envie de parler de leur expérience et nous souhaitions que les jeunes aient une place centrale dans le processus de fabrication du film. Un travail de recherche très en amont a contribué à la mise en place d’ateliers avec des jeunes et des travailleurs sociaux. De ces ateliers ont émergé l’univers, les personnages et ont nourri la fiction, et inversement", confie-t-elle.
Qui est Sarah Gavron ?
Sarah Gavron réalise en 2007 son premier long métrage, Rendez-vous à Brick Lane. Le film a été nommé aux BAFTA et a reçu le Prix du Public Festival du Film Britannique de Dinard. En 2015 sort son deuxième film, Les Suffragettes, avec Carey Mulligan, Helena Bonham Carter et Meryl Streep. Rocks est son troisième long métrage.
Casting
Sarah Gavron et la directrice de casting Lucy Pardee ont commencé leur casting dans une école pour filles du centre de Londres. L’idée était de trouver un établissement représentatif de la diversité ethnique et religieuse de la ville : "Nous avons suivi des classes de collège pendant de nombreux mois. Puis nous nous sommes concentrés sur des classes de 4ème et 3ème", explique la directrice de casting, en poursuivant :

"Nous avons rencontré plus de mille filles, la plupart n’avaient aucune expérience. Ce n’était pas seulement des filles qui pensaient pouvoir jouer la comédie, mais qui avaient envie de tenter une expérience et de sortir de leur quotidien. Au casting nous n’avions pas d’idées préconçues du type de fille que nous voulions, ce qui nous a donné une très grande liberté. On était plus dans l’optique de se dire : Ok, qui improvise ? Qui veut faire partie de cette aventure ? De cela, trente filles ont été sélectionnées, d’origines et de milieux très différents."
Pourquoi cette tranche d'âge ?
Sarah Gavron a choisi de centrer son film sur des filles de 15 ans : "Il y avait quelque chose de captivant dans cette tranche d’âge, où s’exerce un changement assez radical, tant physiquement que dans la façon de voir le monde. La plupart des filles se sont révélées très motivées et il était clair que l’amitié a une place centrale dans leur vie. Elles sont souvent confrontées à un monde « adulte » compliqué, qu’elles arrivent à gérer la plupart du temps mais se retrouvent parfois dépassées. Elles sont à la fois très à l’aise dans le monde dans lequel elles évoluent et pas encore tout à fait capable de l’appréhender et d’en assumer tous les aspects."
Côté photographie
La directrice de la photographie Hélène Louvart, qui a tourné plus de 50 films (elle a collaboré avec Alice Rohrwacher, Agnès Varda, etc.) s'est chargé d'éclairer Rocks. La réalisatrice Sarah Gavron se rappelle : "Pour donner le plus de libertés aux filles, nous avons tourné à deux, parfois trois caméras. Pour les décors et la lumière, nous faisions en sorte que les acteurs puissent aller à peu près là où ils voulaient. Nous n'avons jamais dit « action », et avons travaillé le plus possible dans de vrais décors, pour que les jeunes soient le moins impressionnés possible. Je leur donnais le scénario de leurs scènes uniquement la veille du tournage, pour qu'elles soient vraiment dans l'instant. Toute cette liberté engendre évidemment des conséquences et parfois, nous avions 45 minutes d'images pour une scène de 2 minutes."
 
Publié dans Agenda
vendredi, 05 juillet 2019 14:22

Les pleins air commencent !

Cette année encore, Ciné bleu vous propose des séances en plein air tout l'été ! 

Avec 6 dates programmées en juillet, et 2 en août, les amateurs de 7ème art seront gâtés. 

Consultez le programme ► https://bit.ly/2NxYTd1

En savoir + sur Ciné bleu et le cinéma itinérant ► https://www.varmatin.com/vie-locale/l-itinerant-cine-bleu-de-passage-a-flassans-202235

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